Helsinki - Le maréchal Mannerheim, héros de l'indépendance de la Finlande et des 2 guerres mondiales ?

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Grâce à la "finlandisation", un procès à l'image du Procès de Nuremberg contre les criminels de guerre nazis a été évité à la Finlande qui avait comme voisin direct la Russie. Depuis la finlandisation, la Finlande n'a pas encore fait son devoir de mémoire et transforme en héroïsme ce qui n'a été qu'une alliance militaire avec la Waffen-SS à l'image de l'Axe. Sur Mannerheim on trouve des biographies élogieuses, complaisantes, comme des critiques négatives, voire des manifestes marxistes-léninistes ou révolutionnaires même en français qui s'enragent encore tout récemment après que Poutine ait déposé une gerbe sur sa tombe.

Mais Mannerheim, qui avait même été Régent de la Finlande, relie aujourd'hui les finlandais de tout bord. Avant même de faire des recherches sur Mannerheim, le piédestal de son monument à Helsinki m'avait paru bizarrement trop gigantesque et il est peut être ainsi destiné à aplanir ses aspects négatifs et à faire oublier qu'il avait aussi été en accord avec le mouvement fasciste finlandais de Lapua. Je n'ai pas assez de recul pour examiner si ceci faisait partie de sa détermination à lutter contre les Bolcheviks qui étaient juste à la frontière de la Finlande.

Les parois lisses de ce piédestal aspirent irrémédiablement les yeux dans sa vénération. Cette obligation induite par ce socle met Mannerheim bien au dessus du peuple qui le voit ou le regarde. Ceci doit être la distance nécessaire à sa purification et à notre soumission. Elle est belle dans ce ciel bleu mais m'a d'emblée mis mal à l'aise.

Je vous fait maintenant une citation d'une biographie très élogieuse de Mannerheim que j'entrecoupe d'un long commentaire issu de mes recherches
qui peut être expliquent mon malaise quand j'avais vu sa statue. Je comprends mieux pourquoi ma prise de vue s'est faite ainsi et pas autrement  >>> :
"Après une brillante carrière dans l'armée impériale russe, le maréchal Mannerheim dirigea la Guerre d'Indépendance contre les Bolcheviks et initia la Constitution [de 1919].

[Mes recherches:  La Finlande n'ayant pas été soutenue dans les faits par les Alliés, c'est Mannerheim qui a poussé personnellement dès le printemps 1941
à lier la Finlande à une alliance militaire formelle, une "brotherhood in arms", avec la Wehrmacht nazie en demandant à Hitler "l'aide et le soutien" militaire
en moyens et en troupes en échange d'une co-belligérance avec la Wehrmacht et les Divisions "Nord" et "Totenkopf" de la Waffen-SS.

Pendant la République de Weimar le maréchal Mannerheim avait poursuivi ses contacts avec la hiérarchie militaire impériale
et avec la noblesse impériale allemandes de la première à la deuxième Guerre Mondiale. Pour éviter que Leningrad ne soit bombardée par les armées du IIIème Reich,
les Sovjets avaient annexé pendant la Guerre d'Hiver la partie sud-est de la Finlande, la Carélie occidentale, qui n'était qu'à 30 kilomètres et à portée de canons.
Par la suite, en 44, lors de la Guerre de Continuation, Mannerheim avait naturellement combattu avec la Wehrmacht et avec la Waffen-SS en direction de Leningrad.
Ses troupes ont été arrêtées à 120 kilomètres par les Sovjets. La Finlande préfère faire de Mannerheim un héros et dire qu'il ne voulait pas
accompagner les troupes nazies jusqu'à Leningrad. La Finlande avait donc définitivement perdu la Carélie occidentale et dû subir d'autres pertes territoriales
à l'est et l'humiliation de la "finlandisation" jusqu'à la fin de la Guerre Froide.

Mannerheim avait toujours admiré l'Allemagne et avait toujours gardé auprès de lui depuis la guerre civile finlandaise en 1918
une équipe de conseillers militaires allemands de très haut rang qui étaient en relation directe avec Himmler et Göbbels.

Pendant la guerre civile Mannerheim a été le chef des finlandais "blancs", conservateurs et proches du Sénat et soutenus militairement par l'empire allemand.
Durant toute sa carrière militaire en Finlande Mannerheim a toujours demandé et obtenu l'assistance militaire allemande.

Ainsi l'intervention militaire  allemande de la Ostsee-Division dirigée par le général allemand Rüdiger von der Goltz, issu de l'une des plus hautes familles
de la noblesse impériale prussienne, et du Detachment Brandenstein, dirigé par le général Otto baron von Brandenstein, a constitué un des éléments clé
ayant mis un terme à la guerre civile en Finlande. Il ont fait tomber Helsinki le 13 avril 1918, ce qui a permis de mettre fin à la guerre civile en mai.
L'intervention militaire allemande dépassait en hommes et en matériel la Garde Blanche de Mannerheim qui n'aurait jamais pu vaincre seul
la Garde Rouge armée par les Bolcheviks. Pour être logique avec la vérité de l'histoire il aurait fallu mettre les statues de von der Goltz et de von Brandenstein
à côté de Mannerheim... et de Ribbentrop... puisque l'assistance militaire avait été démocratiquement à chaque fois sollicitée par la Finlande.
L'Allemagne impériale et celle du IIIeme Reich n'étaient pas ennemies pour la Finlande, sauf à la fin de la Seconde Guerre Mondiale comme en Italie ou en Roumanie.

Le 26 juin 1944 la coopération militaire entre la République de Finlande et le IIIÈME Reich qui a existé depuis le début de la 2ème Guerre Mondiale
s'est transformée en une alliance militaire formelle. Avec l'accord Ryti-Ribbentrop les troupes de la Wehrmacht et des SS ont débarqué en Finlande
jusqu'en Laponie. Hitler s'était rendu en Finlande pour le 75eme anniversaire de Mannerheim fêté discrètement avec lui.

Avec le recul de l'histoire cet accord militaire Ryti-Ribbentrop  de la Finlande avec l'Axe n'a pas été signé en vue d'agir de manière défensive
mais plutôt en vue d'agir de manière offensive pour récupérer la Carélie occidentale lors de l'opération Barbarossa des nazis sur Leningrad.
La presse finlandaise censurée était unanime au sujet des vues territoriales de la Finlande pour récupérer la Carélie occidentale perdue en 1939
et pour repousser encore plus loin ses frontières en direction de l'URSS. Les services secrets finlandais ont participé de manière active
sous la direction de Mannerheim aux bombardements des allemands au nord sur l'océan arctique glacial
contre les convois britanniques vers Murmansk en Russie qui venaient en renfort.

La Finlande avait accepté que Hitler commence à partir de sa frontière de Carélie son opération Barbarossa en échange d'armes, de soutien logistique et de céréales.
L'alliance Ryti-Ribbentrop n'était qu'une alliance de facto mais pas de jure, une alliance d'opportunité. Aucune opposition démocratique
ne s'était manifestée en Finlande contre celui-ci. Puis il n'y a eu plus que les défaites répétées de la Wehrmacht nazie et l'accord Ryti-Ribbentrop
perdait de son intérêt pour la Finlande. Cet accord étant lié au Président Ryti, Mannerheim avait saisi l'opportunité pour se blanchir et pour s'en distancer
après le 31 juillet 1944, le jour où Ryti avait démissionné de sa fonction. C'est pourquoi Mannerheim reste un héros national finlandais
et que Ryti a été jugé en 1945 comme criminel de guerre et a obtenu une peine de 10 ans d'emprisonnement.

Sur des photos officielles d'époque en gros plan on voit bien la Croix de Fer de l'armée allemande que Mannerheim porte toujours
au col et au revers de sa poche de la veste. Il y a eu deux Croix de Fer avec au centre la croix gammée, celle de la Guerre d'Hiver
et celle de la Guerre de Continuation, décernées pendant la Seconde Guerre Mondiale en Finlande.

Le 16 décembre 1940 a aussi été créée une médaille qui est la plus haute distinction militaire de l'Armée finlandaise. C'est une... croix gammée
qui entoure la Rose blanche qui est un symbole finlandais de la Garde Blanche de la guerre civile. Cette croix est aussi appelée Croix de la Liberté ou Croix Mannerheim.
Mannerheim à été décoré des mains du Président Ryti de cette croix. Je sais et j'ai moi-même aussi vu dans des écomusées à Pargas et à Portom
que dans les familles finlandaises on expose avec fierté dans un cadre cloué au mur du salon les médailles nazies que les soldats finlandais avaient obtenues.
Ceci ne me rentre pas dans la tête, mon père alsacien, Incorporé de Force en 1943, avait été Déserteur de l'armée allemande à Marseille
et avait rallié le Service Secret français, avait obtenu la Médaille française du Réfractaire et avait refusé de faire le STO et il était tout autant virulent anti-communiste et patriote.

De septembre 44 à avril 45, la Finlande à retourné sa veste et fini par combattre avec les Alliés, dans la guerre de Laponie, mais Mannerheim n'était pas du combat.
Cette guerre à été gagnée par la Finlande ce qui en 1945 n'avait rien d'étonnant. Les Finlandais se sont ainsi placés dans une situation semblable
à celle des Italiens et des Roumains qui, après s'être rendus aux Alliés, ont dû combattre pour libérer leur territoire des forces allemandes nazies.

Au même moment Mannerheim ordonne aux navires finlandais prêtés aux Allemands pour le rapatriement des troupes et du matériel,
de rejoindre un port suédois ou finlandais. Ces combats permettent aussi à Mannerheim de montrer sa bonne volonté de coopération. Il exige que les Allemands
se replient sur une ligne Oulu-Suomussalsi et évacuent les ports de la Baltique.

Les 2000 juifs finlandais n'ont pas du tout étés discriminés, les hommes ont combattu dans l'armée avec la Wehrmacht. Par contre les 500 juifs réfugiés
venus d'autres pays ont été transférés dans un camp de travail au nord en Laponie.

Vu d'un œil français et alsacien, Mannerheim me semble être un "héros" bien douteux ou faustien auquel je n'adhère pas. Rassurez vous,
je sais critiquer mon propre pays et l'Europe avec encore plus de virulence, mais pour ceci j'ai un autre site Web www.renovezmaintenant67.eu .]

Reprise de la citation élogieuse >>> "Entre les deux guerres,  Mannerheim fit construire la ligne qui porte son nom, à la frontière entre la Finlande et l'URSS.
En 1939, héros de la résistance finlandaise à l'Armée Rouge, il s'opposa également à l'occupation de son pays par l'armée allemande et à la déportation des Juifs finlandais.
Devenu président en 1944, il négocia l'armistice avec les Alliés, mais démissionna, en 1946. Gustaf Mannerheim est la figure emblématique
du monde politique finlandais du XXe siècle
." <<< Fin de la citation élogieuse.

Vous voyez, que la Finlande, comme la France par exemple, est un pays qui se construit sur ses mensonges et sur ses vérités, et sur ses données humaines.
A la différence de la France, la Finlande devait directement composer avec les deux systèmes totalitaires les plus violents du monde de l'époque.

Le socle de la statue de Mannerheim est, d'après ce que j'ai vu dans toute la Finlande depuis 8 ans, le socle le plus énorme en proportion de la statue portée,
et il est à l'échelle de la vérité, comme du non-dit.

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Gustaf Mannerheim était suédophone et de culture et de souche suédoises de par sa famille. Bien qu'il ait été polyglotte, il ne parla jamais couramment le finnois.
Ainsi comme le Réformateur Agricola, l'écrivain Elias Lönnrot qui a rédigé le Kalevala, le peintre Akseli Gallén-Kallela, le poète Runeberg,
des personnes finlandaises suédophones de culture et de souche suédoises ont eu un rôle de tout premier plan dans la création du finnois,
de la culture nationale finlandaise, de l'accession à l'indépendance de la Finlande, de la Constitution de la Finlande, du sentiment de grandeur du pays.

Il n'y a rien d'étonnant à ceci parce que le pouvoir économique, politique, culturel était entre les mains de la population finlandaise
du littoral allant de la Baltique à l'ouest de Helsinki jusqu'au nord du Golfe de Bothnie et qui était totalement suédophone et dont les réseaux étaient organisés et puissants.

La Finlande avait fait partie du Moyen-Âge à 1809 du Royaume de Suède. Bien qu'elle avait été de 1809 à 1917 Duché de Finlande rattaché à la Russie impériale,
il ne reste de la domination russe que l'architecture et la religion orthodoxe assez peu répandue. L'influence de la langue et de la culture suédoises
a donc fait un bon d'un siècle au dessus de la domination tsariste pour se poursuivre aujourd'hui.

Il n'y a donc rien d'injurieux à rappeler la composante suédoise de la République de Finlande, bien au contraire. C'est parce que des personnes
comme celles que j'ai citées plus haut avaient compris que la Finlande était une nation, que ce pays est aujourd'hui ce qu'il est.

Étant linguiste je suis particulièrement attentif au respect des langues minoritaires et régionales et au respect de la Directive européenne sur les langues régionales.
La France et le seul pays de l'Union Européenne qui ne l'a toujours pas déclinée dans son droit national.

Et même si les suédophones de Finlande ne représentent que 5% de la population finlandaise, leur droit à l'expression dans leur langue
doit être maintenu tout comme celui des Saami. Depuis 1919 le suédois est inscrit dans la Constitution comme langue officielle de la Finlande avec le finnois.
Tous les fonctionnaires doivent être bilingues et n'ont pas le droit de demander à ce que l'on parle finnois avec eux. Le suédois dans les régions finnophones
et le finnois dans les régions suédophones sont l'une des 2 langues étrangères obligatoires à apprendre à l'école. Dans la République russe de Carélie
à l'est de la Finlande le finnois jouit d'un statut officiel au même titre que le suédois en Finlande et le Saame en Laponie.

L'année prochaine la Finlande va fêter le premier Centenaire de son Indépendance et j'espère que le pays et la population seront plus sereins face à la langue suédoise,
ce qu'il n'ont pas du tout étés au 80ème anniversaire. Un pays qui occulterait ses racines serait un pays qui voudrait se complaire dans un mensonge et construire un avenir sur celui-ci.

Comme linguiste je précise que le finnois est une langue bien plus belle que les langues anglo-saxonnes, que le français. Du point de vue des articulations,
de la prosodie et de la musicalité je l'associerais au polonais et à l'italien. Le finnois est une langue phonémique qui se prononce
comme elle est écrite depuis les travaux d'Agricola et de Elias Lönnrot.

L'hymne national finlandais, "Vårt Land – Notre pays" en suédois à été écrit en suédois par Johan Ludvig Runeberg, que les Finlandais
considèrent comme leur poète national alors qu'il est de culture et de langue suédoises et non finnoises. Runeberg a écrit toute son œuvre en suédois,
ce qui ne l'a pas empêché de contribuer largement à l'éveil national de la culture finlandaise.

Mannerheim était donc pendant la guerre civile de 1918 à la tête de la Garde Blanche à l'opposé de la Garde Rouge des Bolcheviks.
Jusqu'à nos jours les Finlandais ne sont pas d'accord sur le nom à donner à cette guerre intérieure.

Il existe plusieurs noms à ce conflit : - vapaussota (guerre de la liberté), - kansalaissota ou sisällissota (guerre civile), - luokkasota (guerre des classes),
- punakapina (rébellion rouge), - torpparikapina (la rébellion des métayers), - vallankumous (révolution), - veljessota (la guerre entre les frères).
Les historiens modernes précisent que toutes ces dénominations ont leurs mérites, bien que leurs significations politiques diffèrent.
Les noms les plus neutres pour cette guerre sont : "la guerre civile" et "la guerre de l'année 1918". Mannerheim était issu de la noblesse suédoise
et de la classe dirigeante suédophone de Finlande. Quand on soulève une mousse en Finlande on arrive vite à des lignes de partage de la société finlandaise.

J'ai pu bavarder avec des personnes qui vous traitent immédiatement de fasciste quand on évoque l'origine du finnois qui repose sur les travaux de Mikael Agricola et de Elias Lönnrot;
ils ne vous regardent plus dans les yeux, mais parterre. De ce côté les Finlandais me semblent être bien coincés.

Qu'est ce que ça doit être si l'on critique leur Mannerheim.  En France nous pouvons critiquer tous nos généraux de la 2ème Guerre Mondiale jusqu'à la Guerre d'Algérie.

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