Thomas Petsch

Marita m'a écrit hier soir que Thomas est mort dans ses bras le 17 juillet. Je suis le tout dernier auquel Thomas a transmis sa gnaque.

 

A l'issue de ma capitulation du 6 juillet 2017 après les 91 premiers et derniers kilomètres de ce qui aurait dû être ma 7eme expédition arctique à vélo, je me suis arrêté au premier hôtel venu à Klein Strömkendorf am Salzhaff entre Wismar et Rostock en Allemagne, sans le savoir chez Thomas Petsch qui a conçu et fabriqué les motos Münch Mammut II dans un département de son entreprise de Würzburg "art&form" >>> http://art-form.de/muench-motorrad/ . J'avais de suite reconnu dans le hall de la réception les motos de sa marque que l'on ne connaît qu'en images, tellement elles sont rares.

J'étais moralement au plus bas, le condamné de ma septième présomption. Thomas, dans l'attente,  m'a accueilli chez lui comme le Fils prodigue, et s'est occupé de moi comme son Ehrengast, son invité de marque du 7 au 11 juillet. Un soir, Thomas a demandé à son maître de réception de me faire mon plat préféré, ce qui a été pour un alsacien le Baeckeoffe.

A côté de son épouse Marita, Thomas luttait avec simplicité contre le cancer. Nous avions eu, Thomas et moi, de longues discussions sur la peinture, je suis aussi peintre, mais tout autant sur le management financier qu'il critique tout comme moi, ou sur la brevetabilité du vivant, ou sur l'illégitimité électorale du nouveau président français (57% d'abstentions) et sur la cécité de la presse allemande à son sujet. Thomas était très impressionné que j'avais fait en 1986 et 1987 une série de peintures à l'huile sur la Chute du Mur de Berlin, tombé en 89.

Mais nous nous sommes surtout regardés dans la moëlle épinière, et nous en avons parlé sans ambages et avec le respect mutuel pour ce que nous sommes. Du Dasein face à du Dasein.
Dès la première heure de nos conversations je lui ai dit, alors qu'il ne recevait que couché sur son sofa dans sa Jagdzimmer, qu'il m'avait déjà redonné la force de relever la tête et de me réinventer.
Le dernier soir de mon séjour privilégié, c'est moi qui l'ai aidé à remonter dans son appartement au 1er étage de sa résidence et nous nous sommes embrassés, comme père et fils, alors que nous avons presque le même âge et que je le dépasse même de 7 ans. Un père d'adoption que j'ai accompagné vers sa mort. Ceci a été parce que ça avait dû l'être. Det är ödet. Cette image du 8 VII nous montrent hagards et face à face.


Il y a très peu de gens, qui ont la force et la générosité de vous montrer qui vous êtes, avec les simples mots et regards qu'il faut. Cet échange long et primordial avec Thomas Petsch fait partie de cette chaîne de signes du destin qui m'étire cet été d'un passé à la lumière suivante.

Marita m'a écrit hier soir que Thomas est mort dans ses bras le 17 juillet. Je suis le tout dernier auquel Thomas a transmis sa gnaque. Mon souhait est que ça ressorte en peinture à l'huile.

 

Je dédie à Thomas Petsch ces phrases du Nobel suédois de la littérature,  Tomas Tranströmer:  "Inom mig bär jag mina tidigare ansikten, som ett träd har sina årsringar. Det är summan av dem som är 'jag'. Spegeln ser bara mitt senaste ansikte, jag känner av alla mina tidigare".

Je traduis: "En moi je porte mes vieux visages, comme un arbre a ses cernes. C'est la somme de ce qui est mon "je". Le miroir ne voit que mon dernier visage, je connais tous mes visages passés."

https://m.youtube.com/watch?v=h4zbWGepmgE

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