"Liggande huvudet - La tête couchée" de l'artiste verrier Bertil Vallien

Cet objet va changer sa vie.

La tête couchée va voyager. La tête couchée va quitter la manufacture de verre de Kosta, et, dans mon intérieur, elle va, en autonomie, étirer le destin du passé vers une nouvelle lumière. Nous pourrons aussi lui insuffler une nouvelle vision. Une promotion de l'arctique vers mon cadre et ma forme.

Et voici "Gogol", un poème de Tomas Tranströmer >>>

 

"Kavajen luggsliten som en vargflock.
Ansiktet som en marmorflisa.
Sitter i kretsen av sina brev i lunden som susar av hån och misstag,
ja hjärtat blåser som ett papper genom de
ogästvänliga passagerna. Nu smyger solnedgången som en räv över detta land,
antänder gräser på ett ögonblick.
Rymden är full av horn och klövar och därunder
glider kaleschen skugglik mellan min faders
upplysta gårdar. Petersburg beläget på samma breddgrad som förintelsen
(såg du den sköna i det lutande tornet)
och kring nedsidade kvarter än svärar manetlikt
den arme i sin kappa.
Och här, insvept i fastor, är han som förr omgavs av
                  skrattens hjordar,
men de har för länge sedan begivit sig till trakter långt
                   ovanför trädgränsen. Människors raglande bord. Se ut, hur mörkret bränner fast en vintergata av själar.
Så stig upp på din eldvagn och lämna landet!"

 

Et ici ma traduction>>>

 

"Les fibres élimées de la veste comme une meute de loups.
Le visage brillant comme un carreau de marbre.
Entouré de ses correspondances, assis dans le bosquet
qui s'ébroue des moqueries et des malentendus,
oui, son coeur souffle comme un papier à travers des passages hostiles.

A présent le coucher du soleil se faufile comme un renard sur cette terre,
et embrase les herbes en un instant.
L'espace est plein de cornes et de griffes et en-dessous
glisse la calèche sombre entre les domaines éclairés de mon père.

Petersbourg se situe à la même latitude que l'annihilation
(as-tu vu la beauté dans la tour penchée)
aux alentours des quartiers gelés passe et repasse comme une méduse le pauvre dans son manteau.
Et ici, dévoré par ses jeûnes, il est encerclé par des troupeaux de rires,
mais ils se sont depuis longtemps transformés en funérailles au-dessus de la cîme des arbres.  

La table enragée des gens.
Regarde, comment l'obscurité brûle dans le ciel les âmes d'une Rue d'hiver.
Vas sur ton char de feu et quitte le pays".

 

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Mon explication de ma traduction:

D'abord il faut avoir réétudié Gogol, pour faire une traduction correcte et s'imaginer comment Tomas Tranströmer lui a dédié son langage de la métaphore.

De Gogol, nous y voyons son histoire du manteau, ses fleuves de correspondances multiples et mensongères, l'acharnement thérapeutique de ses médecins et autres charlatans qui voulurent sur une table de bois le délivrer de sa folie et de ses tendances anorexiques forcenées, l'incompréhension et les sarcasmes suscités par son oeuvre et qu'il a connus, cherchés, subis.

Ensuite, Tomas Tranströmer est "le Maître de la métaphore", et pour le traduire il fait rester simple et ne surtout pas se laisser tenter de faire du joli, du "français". Il faut donc éviter de vouloir transposer dans une autre culture de manière universitaire l'entre-deux mondes de Tomas Tranströmer.

Ainsi on ne peut pas par exemple traduire "vintergata" par voie lactée, mais il faut utiliser le mot "hiver - vinter", car l'hiver suédois long, froid ou si le soleil ne se lève plus du tout pendant deux mois et demi, n'a rien à voir avec nos frimas septentrionaux. La "voie lactée" permet une échappée et d'accéder à une autre dimension, mais jamais l'hiver pour les suédois où la vintergatan ramène à la terre par la mythologie noroise (islandaise et suédoise).

Chez nous, quand on pense "voie lactée" on inspire encore un bond coup, pour s'imprégner de l'univers et se sentir plus grand; en Suède,  quand on pense vintergatan on est surtout rempli d'un grand respect. Quand on dit vintergatan on ne pense pas au lait et on s'en fout du sein de Junon. En norvégien, danois, et évidemment en allemand, anglais et dans les langues latines c'est bien le voie lactée, mais pas en suédois, pour Tomas Tranströmer comme pour n'importe quel suédois de la rue.

Pour finir Tomas Tranströmer a écrit "en vintergata" et non pas "vintergatan". En vintergata signifie "une rue d'hiver" et vintergatan "la rue d'hiver- la voie lactée". Tomas Tranströmer connaît donc personnellement au moins une autre voie lactée et il faut le lui laisser.

Ayant aussi été traducteur juridique pour l'Office Européen des Brevets - OEB de Munich, je tiens à la justesse du propos. Après avoir finalisé ma traduction je regarde sur le net, si tel ou tel poème de Tranströmer est déjà traduit, et je trouve des jolies formules très française, mais loin de l'auteur, de la langue suédoise et de l'esprit. Voilà.

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